Contribution à la conférence de EASA2014 par ADAMOU AMADOU, Tallinn University, 3 août 2014

Du nomadisme à l’immobilisme : quels rôles jouent les TIC ?

«  la vie d’une personne est le résumé de ses traces, la totalité des inscriptions de ses mouvements, quelque chose qui peut être retracé sur le terrain »

Wagner 1986 in  Larsen 2007 :2

enfants mbororo

Photo par HCR, 2014

Durant les deux dernières décennies, l’instabilité politique en RCA a fortement contribué à l’émergence d’une nouvelle forme de violence au sein de la population Mbororo nomade dans toute la région de l’Afrique centrale: l’immobilisme. Cette violence est toutefois accoudée ou allégé, selon les cas, par les TIC (technologies de l’information et de la communication). C’est dans ce sens que nous soutenons l’idée  selon laquelle l’enjeux de TIC n’est pas seulement le fait de la prolifération des téléphones portables, ordinateurs etc. C’est plutôt leur usage et la relation qu’on véhicule à travers eux qui peuvent produire des impacts sur le quotidien des communautés. Selon les cas, ces impacts se traduisent par le renforcement ou la modification des comportements humains ou tout simplement leurs modes vie. Dans le premier cas conséquemment les liens entre des personnes dans une même localité ou avec le reste du monde peuvent être consolidés : la connectivité. Dans l’autre cas, cette connectivité peut elle-même se transformer en dissensions, en suspicions /méfiance ou à l’incertitude ( Pype : working paper présenté au séminaire de CTD groupe, avril 2013).

Il est bien vraie que le phénomène des TIC envahie toutes les couches sociales et presque tous les domaines. Nous allons consacrer cette article sur leurs rôles progressifs et ambivalents dans toutes leurs variétés en arrimant ceci avec le contraste qu’elles causent sur le mode de vie des populations de la région de Mandjou, Cameroun. Substantiellement, c’est le cas des Mbororo nomades à présent refugiés centrafricaines au Cameroun. Dans notre travail nous nous sommes intéressés à l’impact qu’elles produisent sur leur vie en temps de crise, tante si bien que  l’utilisation des téléphones portables et autres formes des médias au sein de cette communauté est de plus en plus croissante.

Mode de vie des acteurs en présence

La mobilité étant le principe du  mode vie des Mbororo nomades, ce concept doit être examiner dans ses formes variées afin de comprendre que l’immobilisme est une forme de violence abjecte à leur égard. Cette mobilité est humecté dans leur vie au point où chaque mouvement est assorti d’une dénomination qui lui est propre: On note à cet effet, le Peerol ou migration ; le Eggol qui est un déménagement de campement du campement d’élevage d’un point à un autre ;  Le dabbol (transhumance) est un déplacement saisonnier pour la recherche des herbes fraiches pour leur troupeaux dans les zones dans lesquelles les saisons sèches sont moins sévères.  Ce déplacement ne dépassent pas généralement six(06) mois et les bergers retournent à leurs point de départ ; le Durgol( pâturage) qui est la prairie journalière des troupeaux dans les environs des parcs à bétails ; Le soggol. Dont le fait de conduire les bœufs au petit matin pour un bref tour de pâturage etc. Dans cette perspective nous affirmons avec Cresswell que : « Le lien qui existe entre la mobilité et le mouvement est la même que celle qui existe entre place et localité » (Cresswell, 2010 :18)

Ainsi, la vie d’un nomade est jalonnée de la mobilité qui est diverse et variée. Toute action visant à l’immobiliser n’aura pour conséquence que sa vulnérabilité, et dont à la production une forme de violence à leur égard.

Le rôle ordinaire de la téléphonie mobile

Il est donc indéniable de constater que les téléphone portables ont en quelque sorte amenuisé le fait de l’immobilisme. « appeler- recevoir appel » permet à un Mbororo refugié de rester en contact avec les membres de sa famille encloitrée dans d’autres camps ou en brousse. Il vit moins l’impact de ce immobilisme. C’est le cas de Alh Moussa Djimet, ancien maire de la commune d’Amagadassa (ville en RCA) à présent refugié à Mandjou.

« Avant de  rentrer en Centrafrique mon fils m’a donné ce petit gris-gris(laayarou) qui m’a permis de rester en contact avec lui jusqu’à ce que surgissent les récents événements. A présent, je n’ai aucune nouvelle de lui, mais je l’utilise comme véhicule ( moota) de visite pour mes amis et ma famille. Donc quand je pense à mon fils disparu ce téléphone ne m’est plus utile mais de l’autre côté il continue à me servir »  ( interview du 08 janvier 2014 à propos de la nouvelle crise centrafricaine)

Ici l’on note la fonction connective du téléphone mobile et l’éruption d’une émotion mélancolique qu’il a produit chez Alh Mussa. Il est un instrument magique ( gris-gris) et de mobilité (véhicule). mais il faut noter aussi qu’ il peut devenir une simple machine sans utilité.

La fonction secondaire des TIC en temps de crise

 L’évolution des TIC est remarquablement fulgurante en Afrique. Mais à Mandjou, on note le parallèle de cette ascension avec la résurgence de la crise Centrafricaine et donc avec l’arrivée massive de réfugiés dans la localité.  L’émergence des points des téléchargements des vidéos, photos et sons se sont multipliés. Ce que avec la résurgence de la crise, plusieurs vidéos et photos prises en RCA circulent et les jeunes désœuvrés ont saisi l’occasion pour se lancer dans le business de transfert des images par ordinateurs, par Bluetooth et le téléchargement par cartes mémoires.

Téléphone mobile : véhicule des violences. 

tele vehiclue des violencesComme nous l’avons mentionné auparavant dans nos précédentes écrits,(Amadou 2014 working paper) les téléphones mobile jouent un rôle important en tant qu’ objets de transmission des informations. Il est fréquent de trouver des gens attroupées autour d’un téléphone d’ une personne leur montrant des images vidéos filmés en RCA soit par des Antibalaka, soit par les ex- rebelles Seleka. On montre des images soit des atrocités subis par propre camp, ou bien on est fiers des montrer les exactions que son camp  fait  subir l’autre ; ce qui, sans doute, attise ou apaise les tensions, suscite des émotions selon le degrés de l’atrocité du contenu de la vidéo et selon la position partisane de chaque auteur/utilisateur de la vidéo.

Guerre médiatique en temps de crise: Afrique Media et AlJaziira contrebalancent France 24

Dans le même ordre d’idée de relation médias et émotion, on assiste à la guerre des lignes éditoriales des différentes chaines des télévisions.  Alors qu’on notait une nette avance en terme de nombre de téléspectateurs en faveur de la chaine française, France 24 (ceci en raison de la primauté de l’implantation et de la disponibilité), le contrepoids de Aljajiira et Afrique media se fait de plus en plus ressentir. Trois faits entrent en jeux :  la question linguistico-religieuse, le contenu des programmes et l’orientation panafricaine.

Pour les enquêtés, non seulement France 24 est trop partisane de la politique française mais elle  base ses principaux programmes sur les évènements conflictuels, (chaine maciibo ou la chaine des calamités). Dans le cas d’espèce les violences qu’ils ont subi en RCA deviennent perpetuelles. Al jajiira quant à elle  est plus proche du monde arabo musulman. On comprend aisément le flanc de sa présentation de la crise centrafricaine. Afrique média, la plus jeune parmi les trois, représente la voie panafricaine et axe sa ligne éditoriale sur le contredit de France 24. Du moins en ce qui concerne les évènements survenus en terre africaine. En définitive , la proximité que les  Mbororo réfugiés de Mandjou ont développé vis-à-vis de chaque chaine de télévision est devenue, fonction du versant de l’information qu’ils souhaitent ou non obtenir.  Bref de la manière dont ces médias présentent chaque situation dépend aussi le degré de violence exercée sur eux.