La Marche, Ndjaména 11 mars 2015

Dans la nuit de 10 mars 2015, les sms circulaient, appelant nous, étudiants et élèves à sortir massivement honorer la mémoire d’un des nôtres, Hassan Daouda Massing, étudiant en deuxième année de sciences juridiques et politiques à l’université de N’Djamena, abattu froidement à fleur d’âge par les policiers, d’un régime sanguinaire en place. Étudiant dans la même faculté, ma colère était grande. Comment rester insensible face une telle horreur ?

Un ami m’avait envoyé le message téléphonique appelant à la marche de contestation, organisée par les étudiants et les élèves de N’Djamena. Revendicateur dans l’âme, je n’ai pas hésité une seconde. Une occasion pour moi d’exprimer mon mécontentement face au régime en place et surtout une occasion d’honorer la mémoire de mon compatriote tué. Son sort aurait pu être mien…

Au Tchad, ces dernières années, il y a eu “Beaucoup Trop” de lois portant sur ceci ou cela, sans aucune mesure d’accompagnement, ni une réelle réflexion de la part du gouvernement (interdiction d’utiliser du bois et charbons, interdiction d’utiliser le plastique d’emballage, interdiction…). Là où le bât blesse, c’est le fameux Fonds National du Développement du Sport, l’État tchadien prélève 1,80 F CFA sur tous appels téléphoniques émis par les pauvres citoyens afin de soutenir les activités sportives… La population (passive), subie et continue par subir ces “atrocités” que lui impose le gouvernement.

En effet, tout est parti d’une loi portant sur le port obligatoire de casques pour les motocyclistes. Du coup, les prix de casques commencent à grimper du jour au lendemain. Les élèves des collèges et lycées publics dénoncent l’augmentation de ces prix des casques depuis l’entrée en vigueur de cette mesure. Ils descendent dans la rue. Les forces de l’ordre entrent dans la danse, bafouant ainsi la dignité humaine. Élèves, étudiants, professeurs sont séquestrés, des pneus et des véhicules brûlés. Des élèves sont poursuivis par des policiers du lycée Félix Éboué jusqu’à l’université, située juste derrière le lycée Félix Éboue, d’où l’étudiant Hassan Daouda va trouver la mort, alors qu’il était en plein examen… Les écoles et universités restent fermées jusqu’à ce jour…

Mercredi 11 mars, je sors de chez moi pour la marche. Mes parents ne sont pas du goût de ma décision d’aller manifester. Un ami intime m’a encouragé à y aller. Toutes ou presque toutes les manifestations au Tchad finissent par la répression des forces de l’ordre, j’en suis conscient, mes parents aussi. Je me suis dit que même si je n’y participe pas, il y’aura toujours d’autres qui y seront. Ceux-là ne sont-ils pas des humains ? C’était la première fois que je suis sorti dans la rue manifester, moi qui, jusque-là utilise les réseaux sociaux pour exprimer mon mécontentement. Arrivé devant le Lycée Félix Éboué, je croise quelques étudiants regroupés. Ils me font comprendre que les policiers ont pris en “otage” les locaux de l’université, qui devait nous servir de point de départ de la marche. Quelques malheureux étudiants qui y sont allés ont déjà été appréhendés. Que faire ?

Nous avons décidé d’aller à la morgue de l’Hôpital General de Référence National, située à environ un kilomètre de l’université. Nous marchons en groupe de 2 ou 3 personnes pour ne pas attirer l’attention des policiers qui circulent, armés jusqu’aux dents avec des FAMAS (armes d’assaut automatique de fabrication française) et des gaz lacrymogènes…

La participation des étudiants et élèves était massive. Nous avons accompagné le corps de notre condisciple en chantant “La Tchadienne”, l’hymne national du Tchad. Les forces de l’ordre inondent les rues. Arrivés à leur hauteur, nous leur lançons cette phrase : “Tuez-nous tous”. J’ai compris ce jour-là que les jeunes ont marre des exactions perpétrées par le régime en place. Musulmans et Chrétiens, on était unis.

Après avoir accompagné la dépouille de notre ami jusqu’à la sortie de la ville pour l’enterrement, nous avons marché, en chantant « La Tchadienne », les mains sur la tête, signe d’une manifestation pacifique. Arrivée à Chagoua, nous avons fait face aux forces de l’ordre qui nous ont chargés avec des Gaz lacrymogènes, matraques, eau chaude, pour nous disperser. Des arrestations, des blessés, des pertes de téléphones, ordinateurs s’en sont suivis, signature d’un régime sanguinaire. Les Droits humains les plus élémentaires sont bafoués.

Ici vous trouvez le blog de Mirjam sur les manifestation à N’djamena et la réaction de Croquemort.