La cour pénale spéciale centrafricaine va-t-elle aider à mettre fin à l’impunité ?

– Max-Landry Kassaï, 1 août 2017 (précédemment publié le 15 juin 2017)

Notre histoire, surtout celle de la jeune génération, a été ornée de crises répétées, mutineries, coups d’Etat, guerres civiles. Depuis plus de trois décennies, nous avons été pliés à  la fatalité, celle qui, d’une part, a été imposée et celle qui d’autre part, est fomentée par notre ridicule. Je me suis toujours demandé si les causes endogènes de nos souffrances sont, le fait que nous avons des dirigeants étriqués, fous, cupides, avares, qui ont secondé les intérêts du peuple au profit des leurs. Voilà pourquoi, nous sommes en train de croupir dans la misère sans pareille, après un demi- siècle d’indépendance. Notre pays ressemble à une poubelle et notre capitale à une porcherie. C’est quoi ? Chaque président qui arrive au pouvoir n’a que le souci de se remplir la poche, s’entrainant dans une vie de luxe : achat des villas à l’étranger, des voyages d’Etat pompeux, cafouillant des fonds publics dans une luxure immodérée, conduisant ainsi le peuple à la mort lente.

De là, ajoutant les corollaires du sacrilège, le népotisme, le clanisme, le régionalisme, nous sommes arrivés à l’éclatement de la solidarité nationale d’où la marginalisation de certaines communautés. Et la montée scandaleuse des autres qui, au regard de la réalité, n’étaient pas moins que des brutes ou des abroutis sociaux, incapables, incompétents, voire illettrés. Ils nous ont néanmoins gouvernés, semant la terreur par leurs muscles,”car là où il y a beaucoup de violence il n’y a pas d’intelligence”.

Bref, les mutineries, les coups d’Etat et autres, se sont succédé et causant pitoyablement un nombre important de victimes. Et aujourd’hui, l’heure n’est plus à l’impunité, c’est plutôt l’heure de la justice et de la réparation de tous les dommages causés au peuple.

Or, nous nous croisons au quotidien dans les rues, les taxis, les places publiques avec ceux qui, hier, étaient nos bourreaux, les bourreaux de nos parents massacrés injustement. Ils se promènent librement dans nos cités, bombant la poitrine, fanfarons, se glorifiant de leur passé odieux. Ils sont mêmes là, dans nos administrations, nos forces armées, heureux de prospérer au moyen du sang versé, des butins de leurs crimes…

Et voici, la cour pénale spéciale pour la République centrafricaine a vu le jour et vient de se mettre effectivement en place, celle créée par la loi n° 15.003 du 03 juin 2015. Elle est compétente pour tous les crimes précités notamment les violations graves des Droits de l’Homme, les violations graves du droit international humanitaire, les crimes contre l’humanité, crimes de guerre, crimes de génocides, commis depuis 2003 jusqu’à nos jours.

Cette cour est une juridiction complémentaire au système judiciaire national. Cependant, elle a la garantie de la primauté de compétence vis-à-vis des juridictions nationales et elle peut se désister au profit de la cour pénale internationale(CPI), si le besoin se fait sentit.

Elle est composée du personnel international, soit douze (12) magistrats internationaux au nombre desquels figure le procureur de la cour pénale spéciale, et du personnel national, soit treize (13) magistrats nationaux dont le président de la cour. Le procureur de cette cour pénale spéciale est d’origine congolaise, Toussaint Mukimapa. Il est déjà en poste à Bangui depuis le mois de mai dernier, pour commencer ses activités.

Elle doit enquêter et instruire sur tous les crimes mentionnés, d’après la législation nationale et en vertu des normes internationales dont nous sommes partie. Mais, nous nous posons la question de savoir si les criminels qui sillonnent librement nos cités vont être interpellés et soumis à la procédure pour répondre de tous les maux infligés au peuple centrafricain ? Si cette cour va être indépendante vis-à-vis de la machine politique, et si tous les moyens seront mis à sa disposition pour ses fins ?

Il n’est pas question que nos dirigeants interfèrent dans les affaires de cette cour pour mettre à  mal son autonomie, empêcher l’aboutissement des procédures en ce qui concerne l’interpellation de  certains membres du gouvernement qui ne  manqueront pas d’être convoqués. Car, la spécificité de cette cour est qu’ aucune immunité ne  sera accordée ni aux proches parents du président qui ont sévi dans le rang de la coalition Antibalaka, ni aux autres  membres du gouvernement responsables de crimes divers.

Nous souhaitons plein succès à cette cour et espérons enfin que la justice soit rendue au peuple.

 



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