Tchad : Le pouvoir par les urnes…

Après avoir emporté au second tour en 1996 face à Wadal Abdelkader Kamougué, Idriss Déby Itno, le président tchadien s’est imposé dès les premiers tours en 2001, 2006 et 2011 aux élections présidentielles. Faisant face à toutes les frustrations de son peuple, Déby gagnera les élections de 2016 ?

Le matin du 10 avril 2016, les rues sont calmes dans toute la ville de N’Djamena. Magasins, marchés et les maquis aux abords des goudrons sont fermés. Quittant le quartier Moursal vers Chagoua où je marche à pied pour constater l’ampleur de cette élection, je suis surpris par une chose : la sortie massive des électeurs ! Hommes et femmes en file indienne devant les maisons des chefs de carré. Jamais une élection n’a suscité autant de passion au Tchad. Les temps ont vraiment changé.

Mon appareil photo en poche, je me réserve le droit de photographier. Je passe quelques coups de fil aux amis qui surveillent le déroulement de ces élections dans d’autres quartiers pour me rassurer de l’évolution des choses, tous me rassurant de la tranquillité des échéances. Pas d’incident majeur !

En 2005, Idriss Deby Itno, en bon stratège, a fait sauter le verrou de la modification de la constitution, qui lui permet aujourd’hui de se représenter  à l’élection présidentielle du 10 avril 2016.  Le vin est tiré, il faut donc le boire.

Le service de messagerie téléphonique est coupé, ainsi que la connexion internet. Les appels quant à eux sont presque brouillés. Impossible pour nous qui, avec quelques amis aurions voulu partager les tendances du vote sur internet…

Idriss Déby Itno, venu au pouvoir par les armes il y a 26 ans, organise des élections, très peu ou pas du tout transparentes. Sera-t-il prêt à organiser une élection et la perdre ? Des revendications très fermes, exprimés sur  l’ensemble du territoire envers le président sortant depuis début 2015, pourront-elles changer la situation du Tchad ?  En 1990, Idriss Déby Itno lui-même a promis la démocratie  aux tchadiens! Or les élections libres et transparentes sont le fondement de cette démocratie-là. Et pour ça, le Tchad en est un mauvais élève en la matière.

Le 10 avril est un jour spécial pour moi : j’ai voté pour la première fois de ma vie !

Cette élection,  je l’ai attendue. En  indigné de cette république qui ne me donne pas toutes les chances de rêver, j’ai eu cette chance-là, naturellement, celle de donner ma voix. Et je l’ai saisie !

Dans la queue, je ne savais pas vraiment qui voter, mais je savais au moins qui je ne devais pas voter. Oui, j’ai voté l’alternance ! Peu importe la machine de tripatouillage mise en marche, j’ai au moins accompli un devoir sacré. Je me suis ensuite amusé à poser des questions à quelques personnes en demandant « Qui avez-vous voté ? »… les réponses étaient étonnantes !

La confirmation des résultats cette élection décisive, c’est ce 25 avril 2016.