Tchad : Après les élections, entre confusion et désespoir…

Le plateau politique tchadien est décrit comme étant composé d’un parti présidentiel  puissant, le Mouvement Patriotique du Salut (MPS), parti au pouvoir autour duquel gravite, d’un côté, une nébuleuse de partis de la majorité opportunistes, et, de l’autre côté, une opposition démocratique impuissante, en manque de stratégies et réduite à faire le jeu du pouvoir. Du côté de la société civile comme de l’opposition, la réélection du président tchadien est « boudée », mais comment sortir de l’impasse ?   

Les stratégies mises en place par l’opposition compromettent les bonnes intentions affichées au départ (avant les élections présidentielles), au point de semer le doute quant à la volonté réelle de celle-ci à accéder à cette alternance tant rêver par les tchadiens, dans leur majorité. Certaines actions maladroites et inopportunes, notamment les “Vrais résultats donnés par l’opposition” tardivement, la tournée stérile à l’intérieur du Tchad après les résultats contestés du Président Deby sont autant d’éléments à charge qui amènent à s’interroger sur les intentions réelles des marathoniens au palais Rose. Ces stratégies doivent nécessairement être recadrées.

On distingue généralement deux catégories de partis politiques dans le paysage tchadien actuel : d’une part, ceux de la majorité présidentielle, et, de l’autre, ceux de l’opposition démocratique. Cependant, la frontière entre ces deux catégories est à la fois mouvante et poreuse, et varie en fonction des stratégies d’alliances de chaque camp. La plupart des grands leaders de l’opposition actuels ont occupé de grands postes sous la présidence d’Idriss Déby Itno. Mais comment n’arrivent-ils pas à le contrecarrer une fois quitté la « mangeoire » ? A l’exemple d’un certain Dadnadji Joseph, qui, il n’y a pas si longtemps fût premier ministre de Déby, aujourd’hui opposant mais concrètement n’a rien de concret à proposer aux tchadiens…IMG00007-20160410-0928

De communiqué en communiqué l’opposition joue le jeu du pouvoir, le jeu qui consiste à endormir le peuple tchadien qui souffre au jour le jour.

« Le conseil constitutionnel et la CENI ont vendu ta voix et celle du peuple », m’avait dit un ami qui n’était pas allé voter le 10 avril 2016. Au Tchad, le pouvoir ne vient pas du peuple. C’est Dieu qui donne le pouvoir, c’est lui qui reprendra. D’ailleurs certains présidents africains (Idriss Déby Itno, y compris) continuent par adopter ce fameux « maxime » qu’il faut être fou pour organiser les élections et les perdre. Organiser des élections régulières n’est que trompe l’œil pour déguiser le mot démocratie.

Sortir voter ce 10 avril 2016 a été pour moi un défi ! Je ne le regrette pas. Nous étions environs six millions à le faire. Nous sommes nombreux aujourd’hui indignés par cette réélection illégitime au Tchad et au-delà des frontières du pays. D’ailleurs comment rester insensible face à cette mascarade électorale ? Sauf si l’on bénéficie des privilèges du pouvoir.

La société civile quant à elle ne sait à quel saint se vouer. Des arrestations, des disparitions, des tortures des paisibles citoyens battent leur plein. Le plus souvent pour un oui ou pour un non. Qui n’est pas avec le régime actuel est contre lui. Et qui est contre le régime doit subir des représailles. Des mécontentements des plus jeunes contre la réélection de Déby se fait sentir lors d’une manifestation au Sud du Tchad, où tout ce qui est lié au MPS est saccagé.

Au grand dame de l’opposition et de la communauté nationale et internationale, la police politique du régime fait taire qui parle. Des initiatives de contestations (villes mortes, journées sifflets, journées tintin marres) qu’organise la société civile pour manifester sa mécontentement sont restés presque absentes après cette mascarade électorale. Le désespoir est le maître mot qui se lit sur le visage des condamnés de la république qui sont les tchadiens.

DEUH’B Emmanuel