Quand Touadéra se cogne à l’impuissance ou à l’incapacité de gérer le pays.

– Max-Landry Kassaï, 26 juillet 2017 (précédemment publié le 1er juin 2017)

L’élection présidentielle à deux tours , a porté le professeur Archange Touadéra à la tête de la magistrature suprême de l’Etat. Pour bon nombre de centrafricains, le retour à l’ordre constitutionnel marqué par le choix de Touadéra comme président de la République devait changer le cours des choses : un nouveau président, une nouvelle vision de la Centrafrique.

De ce fait, comme il est légalement sorti des urnes, les voix de discordes ou de dissensions illégales doivent cesser pour se ranger du côté du peuple. Ainsi, Touadéra a tout pouvoir, toute légitimité pour conduire le destin du peuple centrafricain. Il n’a de compte à rendre à personne sinon au peuple ou à ses représentants, pour la garantie du contrat social préalablement défini.

De là, seules les voies démocratiques, légales, peuvent être acceptées par le peuple ou Touadéra lui-même quant aux contestations ou revendications de quel que droit que ce soit. Touadéra a le devoir de protéger le peuple centrafricain contre tout danger, tout menace, comme il l’a juré lors de la prestation de son serment. Il est le chef des armées, le défenseur des droits fondamentaux du peuple.

L’ordonnance loi de 1959 en son article 1er stipule ce qui suit : la défense nationale a pour objet « d’assurer en tout temps et en toute circonstance et contre toute forme d’agression, la sécurité et l’intégrité du territoire ainsi que la vie de la population ». La constitution de 2007 et celle nouvellement adoptée, condamnent toute agression ou incursion armée, toute accession au pouvoir au moyen des armes. Ainsi, toute forme de rébellion est illégale, anticonstitutionnelle, quel que soit son mobile, libérateur, révolutionnaire, séparatiste.

Mais, nous voyons des groupes rebelles qui pullulent, sévissant çà et là, dans l’impuissance totale de Touadéra plié aux exigences de ses maitres qui brondissent l’embargo sur les armes comme moyen d’amplification des souffrances et des peines du peuple centrafricain. Un président toutefois inutile, qui ne sait utiliser les moyens de bord pour atténuer ces atrocités. On lui a tout simplement volé son pouvoir, même un chien peut se lever un matin et se constituer en groupe armé pour massacrer le peuple. Touadéra n’est que le président de Bangui comme on le dit, et chacun peut faire sa loi ou régner en seigneur de guerre dans les provinces ;des villages sont mis à feu, de bain de sang graduel et continu dans les villes provinces.

Or, tout pouvoir a été donné à Touadéra et il doit s’en servir pour mettre fin à ces crimes organisés. S’il y a des revendications, cela ne doit jamais outrer le cadre légal, démocratique. Comment les groupes armés peuvent pénétrer facilement dans les villages, s’attaquer aux populations civiles sous le nez et le regard des forces des Nations Unies ? Alors que les Nations Unies sont la première organisation mondiale qui prône le respect des droits humains et celui des peuples à disposer d’eux-mêmes ?

La mission des Nations Unies doit même être retirée du pays ! Il n’y a que les centrafricains et les centrafricains seuls qui peuvent mettre fin à cette crise. Il n’y a pas de musulmans ou de chrétiens, il n’y a que des centrafricains. On est tous un seul peuple, un seul sang. Et le problème du pays est le problème de tous. Chacun doit le défendre.

La difficulté qui persiste dans le dossier des FACA (Forces armées centrafricaines) provient de l’idée que les Nations Unies se font des groupes rebelles nommés Antibalaka, Séléka. Ces groupes ne peuvent absolument rien face aux forces onusiennes. Mais s’ils continuent à sévir, cela suppose que les Nations Unies ne veulent pas de la fin de la crise en Centrafrique. Aussi, la réussite de la mission des Nations Unies passe obligatoirement par leur étroite collaboration avec les FACA. Car, il y a deux dimensions que personne, quelle que soit ses compétences, ne peut nier dans le type de mandat dévolu aux troupes onusiennes : il y a le terrain et il y a la culture. Et seules les FACA qui connaissent le terrain, peuvent aider les troupes des Nations Unies à mettre hors état de nuire les milices rebelles.

Les événements qui se sont déroulés dans la ville de Bangoussou sont pleins d’enseignement et pour le gouvernement et pour les responsables de la MINUSCA. Du coup, tout ce qui concourt à freiner le retour des FACA est perçu comme une sorte de complot, même alors que le problème se situe à un niveau international.

Cependant, Touadéra glousse dans le silence et cautionne les crimes commis contre son peuple. Il est de son devoir de rappeler aux Nations Unies le pourquoi de leur présence en Centrafrique, de les pousser à exécuter pleinement leur mandat. Sinon, nous centrafricains, nous nous réservons le droit de demander le retrait des troupes des Nations Unies du pays.

Le représentant des Nations Unies doit être interpellé devant l’Assemblée Nationale, pour justifier de l’inefficacité de leur mission, la complicité avec les groupes Antibalaka ou Séléka. Car déjà, une grande crise institutionnelle s’installe entre l’exécutif et le parlement, pouvant aboutir; à la finalité soit à la censure, côté parlement, ou dissolution côté exécutif, du fait que le centrafricain ne retrouve plus son sommeil. Et la lumière doit être faite sur ce statu quo infernal. Touadéra doit prendre le devant de la scène, en remplissant son devoir de protéger le peuple. Il doit savoir que la solution à la crise ne viendra jamais de l’extérieur mais des centrafricains eux-mêmes.