N’Djamena, théâtre de toutes les colères

Un calme précaire est revenu à N’Djamena après un début de mois de septembre bien mouvementé par des manifestations de tous bords, que ce soit ici à la capitale, comme dans les autres villes du Tchad.

N’Djamena fut le théâtre d’un mouvement d’humeur hors du commun ces mois d’août, septembre et qui se poursuit lentement en octobre 2016. C’est seulement hier lundi 10 octobre que l’on voit timidement quelques élèves des collèges et lycées faisant le retour à l’école après des manifestations qui ont émaillé la capitale tchadienne ces derniers jours. Ces manifestations dont nous pouvons rappeler font suite aux fameuses seize (16) mesures du gouvernement tchadien visant à juguler la crise économique que traverse le Tchad. Parmi ces mesures, celle qui fait grand bruit est « la suppression des bourses des étudiants tchadiens dans des universités ».

A la question de cette mesure, les étudiants de l’Université de N’Djamena n’entendent pas lâcher prise. « Pas de bourse, pas de cours » telle sont les inscriptions qu’on pouvait voir sur des pancartes lors d’une manifestation le 23 septembre 2016, manifestation qui avait été avortée faute de la répression de la police qui ne manque jamais ce genre de rendez-vous. En même temps, ils demandent le départ du ministre de l’enseignement supérieur Makaye Hassan Taisso. Beaucoup d’entre eux ont été mis aux arrêts.

Les tchadiens dans leur majorité (même ceux du parti au pouvoir) refusent en bloc les mesures du gouvernement. « Le Tchad a de l’argent, cette crise financière est inventée de toutes pièce pour punir le peuple tchadien ». Tels sont les propos que l’on peut écouter partout en ville. Des syndicats de tout bord se sont levés au créneau pour contrecarrer le gouvernement. Des associations des droits de l’homme, des mouvements citoyens se sont joints à la frustration des tchadiens.

La situation est  critique. Le Tchad  en déperdition  est tombé   en  banqueroute. Lors d’un point de presse animé le 26 septembre dernier, le rapporteur national du mouvement citoyen « IYINA » Bertrand Solloh Ngandjei disait : « La situation actuelle du pays confirme nos  différentes protestations.  C’est depuis 2003, année  de l’ouverture de la première vanne pétrolière que le Président tchadien a partagé les régies financières à ses proches croyant  que le prix de baril resterait éternel.  Ce n’est pas le cas malheureusement aujourd’hui », relève-t-ilLa mauvaise gestion des aides financières, les comportements irresponsables des agents, la gabegie et l’égoïsme sont autant des causes de la crise ou du  marasme qui plonge actuellement le  Tchad dans un abîme. Pour  Bertrand Solloh Ngandjei  les 16 mesures prises par le gouvernement est une insulte pour la jeunesse tchadienne déjà désabusée. « C’est une déclaration de guerre contre le peuple Tchadien tendant clairement à remettre en cause la paix sociale et à ramener le pays dans les années sombres de son histoire », regrette-t-il.  Vivre au Tchad devient du coup vivre en résistant ! L’argent ne circule plus. Les hôpitaux sont en grèves. Les malades ne savent plus à quel saint se vouer. Des arrestations des leaders politiques qui osent appelés la population à manifester ne se fait pas attendre.

13 ans après l’exploitation, le pétrole tchadien qui avait suscité beaucoup d’espoirs pour le développement socio-économique  est devenu un leurre pour la population. La dégradation de conditions de vie et de travail de la masse des citoyens s’accélère. Les salaires sont irréguliers et les services sociaux sont en déshérence. Les grandes réalisations, censées propulser le Tchad de l’avant, sont un moyen astucieux pour engranger des milliards par les commissions et surfacturations. Les services financiers sont accaparés par le cercle familial du couple présidentiel. Des entreprises fictives se créent. On montre à la face du monde des chiffres fictifs des constructions des routes, écoles, etc. leur permettant ainsi de blanchir l’argent des contribuables.

Deuhb Emmanuel