Lettre ouverte à Déby

– Deuhb Emmanuel Zyzou, 26 juin 2018

 

A Monsieur le Président de la République du Tchad, Idriss Déby Itno

 

Objet : Accessibilité à Internet au Tchad

Excellence,

Ces dernières années, le monde et particulièrement l’Afrique a connu une révolution considérable, et ceci grâce aux Technologies de l’Information et de la Communication (TIC). Cette révolution se manifeste à travers un nombre important de jeunes qui utilisent des applications mobiles pour inciter d’autres jeunes à participer à des programmes citoyens, ou connecter les communautés rurales aux bénéfices de l’évolution et aux services sans avoir besoin de se déplacer ou encore coordonnent une page facebook pour encourager l’innovation locale, culturelle, musicale, sportive; promouvoir la protection de l’environnement ou influencer les Gouvernements pour qu’ils donnent la priorité aux TIC dans la politique nationale d’éducation, etc.

Monsieur le Président, au Tchad, de 1990 à 2018 il y’a eu des efforts dans ce sens, mais pas assez. Vous et votre Gouvernement n’arrêtez pas de chanter à longueur de journée que l’avenir c’est la jeunesse. Les jeunes sont le fer de lance. Ils incarnent l’espoir. Pourtant très peu ou presque pas d’espace leur est laissé pour la construction de leur avenir, qui est souvent défini sans qu’on les y associe véritablement. Les jeunes se retrouvent donc exclus. La maîtrise parfaite des outils qu’offre l’internet aux jeunes tchadiens doit être fortement encouragé et non étouffé.

A cet effet Excellence, je vous écris cette lettre non seulement pour revenir sur votre Gouvernance, mais c’est pour vous exprimer mon indignation contre l’accès (le coût) et la restriction (inaccessibilité des réseaux sociaux sans Vpn) de l’Internet dans notre pays le Tchad. Des restrictions ou des coupures d’internet sont mises en place dans de nombreux pays pour des raisons diverses. Au Tchad par exemple, les raisons ne sont que pour protéger votre pouvoir, sans chercher à comprendre combien d’utilisateurs d’internet vous continuez à priver de leurs activités.

Pour avoir une heure de connexion, il faut débourser 1000 F CFA au cyber-café pour avoir une connexion au débit généralement très lent. Les deux opérateurs téléphoniques Airtel et Tigo Tchad (des firmes à votre solde) qui sont les principaux fournisseurs d’accès à internet mettent la barre très haute quant aux prix et pas assez par rapport à la qualité de l’internet (c’est parce que vous le voulez). Comment voulez-vous, Excellence qu’un jeune de N’Djamena, de Moundou, de Sarh, d’Abéché, de Faya se mette à jour des exigences technologiques et soit au même niveau qu’un jeune camerounais qui habite à Kousseri et ou dans un petit village du Cameroun ?  Un Giga coûte 12.500F CFA dans notre pays, monsieur le Président. Au Cameroun à côté, il coûte 1000 FCFA.  Pour des raisons que nous ignorons vous avez coupé l’accès aux réseaux sociaux depuis le 28 mars 2018, sans informer les tchadiens, entretemps, ce sont des hommes que vous gouvernez ; prenez la peine de nous dire le pourquoi. Cette coupure vise-t-elle à prévenir des précédents comme le succès de Zouhouragate et la contestation de votre réélection d’avril 2016 ?

Excellence, pendant que dans votre 4e République les portes des écoles et universités sont fermées, l’Internet offre des possibilités d’étudier à moindre coût ou même gratuitement depuis le Tchad. Oui c’est possible et vous le savez d’ailleurs ! L’internet offre de milliers d’opportunités à tous en ce moment, qu’il s’agisse de l’entreprenariat numérique, le e-commerce, la vente de la musique en ligne, les nouveaux métiers comme le Communauty manager… contrebalançant ainsi l’immense taux de chômage qui pèse sur la jeunesse tchadienne.

L’internet nous a permis, enfants de pauvres de concourir avec d’autres jeunes à travers de nombreuses rencontres dans le monde, brandir notre drapeau. Je suis l’un des exemples.

La coupure et la restriction de l’Internet est bien plus qu’une violation des droits humains. C’est une entrave au droit à l’information. La violation de ces droits est la première cause des migrations des jeunes qui, aujourd’hui est au centre de tous les débats politiques. Vous avez plus à gagner sur le plan économique en libérant l’internet que de nous en priver, sinon vous donnez encore de raisons aux jeunes de se rebeller contre votre gouvernance. L’accumulation de nos frustrations risque de ne pas être à votre avantage, puisque ce sont des petits ruisseaux qui forment de grandes rivières, Monsieur le Président !

Excellence, je ne suis pas de ceux qui iront périr dans la mer ou dans le désert à la recherche du meilleur (comme l’accès à l’internet). Je ne traverserai pas non plus le pont de Nguéli pour me noyer dans le Chari à force d’aller me connecter à Kousseri, mais je prie seulement Allah ou Dieu que ma lettre vous parvienne afin que l’Internet soit libre et accessible à tous les tchadiens.

DEUHB Emmanuel

Jeune tchadien, Blogueur

eladjedeuhb@gmail.com