Je dénonce la fête du 1 décembre

– Max-Landry Kassaï, 21 decembre 2017 (précédemment publié le 1er decembre 2017)

Entre le 1er décembre et le 13 août, toutes officielles, quelle est la fête qui doit être importante et pompeusement organisée? Doit-on placer le 1er décembre au-dessus du 13 août? A-t-on peur de dire au monde que nous sommes réellement indépendants? Entre une proclamation et une indépendance, quelle est la chose essentielle à fêter.

L’ancienne colonie française appelée l’Oubangui Chari a été rebaptisée la République Centrafricaine en 1958, après le constat que sa position géographique le plaçait bel et bien au cœur de l’Afrique. Cependant, il commençait à avoir les prémices d’une volonté d’indépendance manifeste de la part des dignitaires indigènes outre ceux admis au parlement français au compte de l’Afrique Equatoriale Française et dans la mesure où certaines nations africaines accédaient à l’indépendance à l’époque au moyen de fortes luttes internes. Ainsi, le 1er décembre illustre le passage ou le changement d’une identité, du nom attribué au pays pendant la première pénétration française et belge dans la contrée.

De ce fait, le père de l’indépendance serait le professeur Abel Goumba comme B.Boganda est mort une année avant, mais celui-ci a été écarté du jeu au profit de David Dacko, grâce au soutien de la France. Dacko arrive au pouvoir en 1960, l’année pendant laquelle le pays accède à l’indépendance, le 13 août 1960.

Trois jours avant l’accession du pays à l’indépendance c’est-à-dire le 10 août 1960, la France impose à ce dernier un certain nombre de traités ou d’accords bilatéraux dont il n’a pas véritablement pris connaissance ou ne pouvait s’y opposer ; ce sont ces accords qui ont scellé le sort de la République Centrafricaine jusqu’à nos jours, et selon lesquels en cas d’exploitation ou de vente des ressources du sous- sol centrafricain, il doit y avoir une préférence du partenaire français ; la France doit être consultée ou préférée dans toutes opérations d’exploitation ou  de vente des ressources naturelles du pays.

Et au fond, l’idée est que la France doit être la seule à exploiter les richesses du pays et que le pays ne devrait en aucun se tourner vers d’autres partenaires. Or, le pays vient d’accéder à l’indépendance et pour ses dirigeants, l’indépendance est synonyme de liberté, d’une nouvelle ère ; il est désormais question que ses dirigeants prennent en main son destin, engageant le pays vers la voie du développement national.

Pour ce faire, Dacko va commettre l’erreur de se rapprocher de la Chine, pays communiste, pour lui proposer un partenariat gagnant-gagnant aux fins d’exploitation de nos ressources naturelles, tournant ainsi le dos à la France qui l’a fait roi et avec qui il a eu à signer les plus gros contrats d’exploitations. Cela va être le point de départ de tous les maux centrafricains ; la France va changer de main, en décidant de défaire le président Dacko pour installer l’empereur J.B Bokassa.

Mais, pourquoi aujourd’hui continuer l’élan du 1er décembre ?

Tous les présidents que la France à imposer au pays ont plus ou moins fini par lui désobéir, en raison des contraintes socioéconomiques exigeant la diversité des potentialités économiques, donc l’exploitation d’autres ressources naturelles outre l’or et le diamant, la vente du bois. De là, la tentation est cuisante, visant strictement l’exploitation du pétrole et de l’uranium, alors grands enjeux stratégiques de la courtoisie française…

Entre le 1er décembre et le 13 août, toutes officielles, laquelle doit être pompeusement fêtée ?

Nous avons compris que le 1er décembre est le jour de la proclamation de la République alors que le 13 août est le jour de notre accession à l’indépendance, du fait que cette indépendance intervient deux ans après la proclamation. Et si aujourd’hui le 13 août n’est pas fêtée comme le 1er décembre ou moins que le 1er décembre, cela emmène à de questionnements au sein de la population. Mais, il n’y a pas une raison officielle donnée, alors que toutes les cérémonies ou rituels organisationnels sont réalisés le 1er décembre au détriment du 13 août : le grand défilé pompeux, l’invitation des personnalités politiques étrangères notamment les présidents et le corps diplomatique accrédité. Cependant, aucun de ces rituels ne sont organisés le 13 août qui est en général qu’un jour férié.

Il y a là une peur ou faiblesse au plan national de dire haut et fort que nous sommes effectivement indépendants. Fêter le 13 août pompeusement donne un ton de liberté ; dire que le pays doit désormais décider de son avenir, retisser de nouvelles relations avec d’autres puissances pour l’exploration et l’exploitation des richesses du pays, engager réellement la relance économique du pays. Mais en réalité, nous ne sommes pas indépendants du tout. Il y a une forte main- mise de la France sur les richesses du pays qui étouffe les efforts d’un possible essor, en maintenant le pays dans le statu quo, une vie collective misérable.

C’est vraiment une honte nationale de passer la fête du 13 août au second lieu, laissant le peuple dans une confusion générale : quelle est la vraie date ou levrai jour de la fête d’indépendance ? Est-ce le 1er ou le 13 août ? Les uns vous répondront le 1er décembre parce que c’était déjà les prémices de l’indépendance ou l’indépendance masquée, alors que les autres vous diront le 13 août, date à laquelle la France a officiellement reconnu son indépendance dans la vague d’accessions de plusieurs Etats Africains à l’indépendance la même année. Donc, il faudrait renvoyer toutes les cérémonies officielles organisées le 1er décembre au 13 août pour lever la confusion dans la tête des gens.

Par ailleurs, on ne peut pas penser que la solution à la crise centrafricaine serait de rejeter, d’écarter ou de tourner le dos à la France. On n’admets pas la manière de la France de traiter le pays ; tous les maux centrafricains viennent directement ou indirectement de la France, et il est temps que la France revoie sa politique vis-à-vis de la Centrafrique qu’elle a longuement asservie…

Il y a une histoire commune entre la France et la RCA, celle que nous ne pouvons pas effacer ; la France est une partie de notre histoire, une amie pas meilleure, sanguinaire par moment, qui veut constamment nous dépouiller de tout. Cela est inadmissible, si au retour la France ne propose rien de concret au pays. La France pouvait hériter de tout et personne ne s’y était pas opposer au départ, jusqu’à ce que le peuple comprenne qu’elle veut faire de nous sa réserve. Mais, si tel est le cas, qu’est-ce qu’elle nous propose en contrepartie ? Nous n’avons pas de bonnes routes construites, pas de bonnes écoles ni de bons hôpitaux pour régler les problèmes des services sociauxde base. Le pays est vierge, le peuple vit dans la misère sans pareille…

Si la France bloque l’exploitation de certaines ressources minières du pays tels que le pétrole et l’uranium, elle doit nécessairement aider la diversification de l’économie, en soutenant le secteur agricole et industriel du pays qui ne peuvent pas se dissocier. Mais, il n’y a moins d’entreprises françaises dans le pays, moins de projets français visant à relancer l’économie. Ainsi, il faudrait que les deux nations mettent ensemble, du moins leurs dirigeants, pour revoir les engagements qui les lient ; un franc pourparlers, de nouveaux gagnants-gagnants. Si tel n’est pas le cas, les crises se succéderaient et le pays aurait une instabilité terrible qui le paralysera toujours…



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