Festival N’Djam s’enflamme en slam 2017: L’espace Talino Manu a son roi, Il s’appelle Ray’s Kim

Par Rolland Albani, SAO magazine, 27 Octobre 2017

Le jeudi 26 octobre 2017 est une date qui restera dans les annales de l’histoire de la culture urbaine au Tchad. En fait le 2ème concert prévu au village artistique du Festival International N’Djam s’enflamme en Slam 2017 a tenu toutes ses promesses. Et au bout des comptes c’est le Bunda Boss Ray’s Kim qui s’est hissé au sommet de la montagne.

Suite aux soucis techniques du concert de la veille, Le concert de jeudi a commencé de bonne heure et cette fois avec une sonorisation impeccable. Dès 18h tapant, les artistes ont commencé à s’enchainer sur le podium: M-Res, Solea, Lincy, Massood, Darkam. Le public était présent et nombreux mais gardait son légendaire calme qu’on le connait souvent.

L’entrée des templiers

Imaam T, le dépositaire du rap tchadien

Annoncé normalement au concert de la veille, c’est finalement ce jeudi qu’ils sont montés sur la scène. Tout d’abord le chevalier du temple Daïsson. Le public a pu découvrir son tout dernier single “Waitoché”, encore en promo sur les ondes et le digital. Après deux autres titres en solo, place à l’introduction des templiers.

Un beat hyper lourd, très underground, qui nous a projeté dans les rue du Bronx et de Harlem, à l’heure où naissait le “rhythm and poetry”. C’est l’arrivée de la génèse, l’ancien testament sur la scène du festival: Imaam T. Il sera rejoint plus tard sur scène par le templier Sultan pour un featuring. Malgré que ce soit toute l’histoire du Hip hop 235 qui se refaisait devant nous, le public restait presque de marbre se laissant briser quelque fois par les appels à participer d’Imaam T, ne mesurant surement pas l’importance de l’instant qu’il vivait.

Bref, ce ne sont pas les templiers qui étaient les plus attendus apparemment. Le passage de Princesse Kadji, une camerounaise originaire de la ville Garoua a aussi bougé un temps soit peu le public, tellement son flow était limpide et sa dégaine lyricale assez élévée. D’ailleurs elle a eu droit à un featuring avec Croquemort pour son dernier son sur scène.

L’arrivée du roi

Ray’s Kim face au public

Après le passage de Princesse Kadji, les MC du concert ont annoncé Ray’s Kim, comme le nom d’un prophète venu sauver son peuple, à la simple évocation de son nom que le public s’est mis à crier, comme frappé d’une puissance divine. Les abords du podium qui jusqu’ici étaient vides ont été rapidement pris d’assaut par une marée humaine, ce qui a forcé les organisateurs à improviser un cordon de sécurité humain autour du podium.

Comme monté sur un char d’applaudissements et de cris, Ray’s Kim est monté sur scène. et tout un public s’est mis à chanter en coeur, en “Bunda” (argot tchadien né dans la rue). Dès les premières notes il était de plus en plus difficile pour le cordon humain improvisé de maintenir tous ces jeunes en effervescence loin du podium.

Les sujets du roi c’est l’homme de la rue

Le public debout pour Ray’s Kim

“Saute et cale en l’air” le public chante en coeur, “Bunda ngandja hip hop” le public est en liesse. On pourrait croire que Ray’s Kim ne sait que faire du Bunda, alors que non! des titres comme “Le bilan”  ou encore “Prési” sont des sons d’un certain niveau dans le lyric, que certainement ces centaines d’enfants de la rue et vendeurs à la sauvette qui ont abandonné la rue le temps de la prestation de Ray’s Kim n’y comprenaient pas grand chose.

Mais, ils sont restés là, debout, scotchés à chaque mot, à chaque phrase de leur roi, à croire que le roi est parti chercher les mots tout au fond de leurs misères et de leurs rêves. Le roi n’a pas réclamé les applaudissements il en a eu. Le roi n’a pas réclamé les danseurs, il en a eu par vague de dizaine, qui ont menacé même la rigidité du podium. Le roi n’a pas réclamé d’offrandes mais l’on n’a vu un gamin s’approcher du roi et lui glisser distraitement une pièce de 100frs dans la main en lui murmurant à l’oreille “c’est tout ce que j’ai mon grand”.

Quel est donc ce roi qui est tant aimé par ses sujets? Pourtant ceux ci les plus victimes des vicissitudes de la vie?

Ray’s Kim EDEM, le Bunda Boss

Ray’s Kim au-dela de l’artiste et du personnage c’est tout simplement aujourd’hui un symbole. Un artiste dans tout ce qu’il y’a de vrai et d’authentique, qui a su au fil des années et du travail acharné gagner le respect de ses pairs et mentors au point de lui concéder de clôturer une scène sur laquelle sont montés des templiers.

Ray’s Kim a su créer une musique authentique, à laquelle les enfants de la rue, les laisser pour compte, les charbonniers s’identifient. Sa musique n’est que le haut parleur de leur vie. Il a le mérite d’avoir changé le regard des autres sur l’homme de la rue.

 

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